axe « ENVIES : ENVIronnement Et Sociétés »

L’objectif scientifique de l’axe ENVIES pour 2019 est double. Il s’agit d’explorer d’une part l’interdisciplinarité en pratique, et d’autre part la mise en partage des connaissances sur l’environnement dans différents champs professionnels ou à partir de différents secteurs de production de connaissances.

Interdisciplinarité et inter-cognition / transdisciplinarité

        - Questionnements interdisciplinaires en pratique
La construction sociale de l’environnement n’est pas pratiquée par l’ensemble des producteurs de connaissances scientifiques sur l’environnement. D’autres, parmi les géosciences, mais pas seulement, s’inscrivent dans une épistémologie plus positive, dans une conception réaliste de l’environnement dont le régime de démonstration repose moins sur l’interprétation que sur l’administration de preuves réfutables. S’il existe des fronts de coopération entre SHS sur l’environnement (entre sociologie et sciences politiques, par exemple), il existe aussi des expériences de coopération interdisciplinaire qui font coexister des disciplines différentes, aux épistémologies et cadres conceptuels parfois très éloignés, dans l’expérience d’une recherche. Dans chacune de ces deux configurations d’interdisciplinarité doivent se conjuguer des efforts sur les pratiques de recherche (les méthodes, les outils, les terrains), mais aussi sur les préalables (concepts, cadres théoriques, approches), voire sur les attendus de la recherche (objectifs et question de l’utilité sociale, liens avec l’action, la place du cadrage de la recherche finalisée).
Sur la base de nos expériences et programmes de recherche en SHS sur l’environnement, il s’agira de traiter quelques uns de ces différents aspects impliquant l’interdisciplinarité.

         - Les défis de l’interconnaissance des problématiques environnementales

Par cette notion d’interconnaissance (qui est ressortie du premier séminaire, en 2017), on fait référence d’une part à la multiplicité des connaissances (et pas seulement scientifiques) qu’il est possible de produire sur l’environnement, et d’autre part aux problématiques que soulèvent la mise en lien de ces différents types de connaissances sur l’environnement. Différents types de connaissances sont produits par différents types d’acteurs, eux-mêmes inégalement légitimes (le scientifique, le militant, l’habitant, l’expert, etc.). La littérature reconnaît aujourd’hui une forme d’utilité pour la gestion à ces différents types de connaissance. Pourtant, il est toujours difficile d’intégrer ces connaissances multiples à la production scientifique aussi bien qu’à la gestion environnementale.
De la (co)production de connaissances diverses sur l’environnement à la circulation des différents types de connaissance entre secteurs du monde social (les secteurs académique, gestionnaires, institutionnels et prescripteurs de contenu, habitants, associatifs et engagés, etc.), la problématique de l’interconnaissance de l’environnement est en prise directe avec l’ouverture de la recherche environnementale en SHS sur le monde social.

Pour un « ré-encastrement » de la question environnementale
Ces questionnements sur interdisciplinarité et interconnaissance autour des recherches environnementales en SHS n’ont rien d’original. Outre le fait qu’ils permettront peut-être de dégager du sens commun à l’échelle du LISST, ils n’en sont pas moins importants dans la mesure 1- où ils contribuent à identifier les différents apports de la recherche SHS aux problématiques environnementales les plus contemporaines, et 2- où ils offrent une alternative non culturaliste à la réduction technique et naturaliste du débat.
Les contributions des SHS à la recherche environnementale sont au moins de deux ordres :
- Eclairer la fabrique des problèmes environnementaux, des aspects les plus matériels aux plus discursifs ou symboliques.
- Déconstruire les modes mêmes de production de connaissances, ou la façon dont sont posées les questions, autant de manières de socialiser la question environnementale.