Soutenance de thèse d'Alaia Cachenaut

Publié le 2 juin 2026 Mis à jour le 2 juin 2026
le 24 juin 2026 Toulouse - Campus du Mirail
Alaia Cachenaut
Alaia Cachenaut

14h00
Maison de la Recherche - D29


Alaia Cachenaut, Doctorante au LISST-CAS

Devenir kaskarot du carnaval d’Ustaritz au Pays Basque.
Revendiquer, négocier et décider de son droit de participer à la vie culturelle.


Thèse en anthropologie sociale et historique




Jury :

Nicolas ADELL, Professeur des universités, Université Toulouse II Jean Jaurès, LISST-CAS, co-directeur
Béatrice COLLIGNON, Professeure des universités, Université Bordeaux Montaigne, UMR Passages, co-directrice
Aitzpea LEIZAOLA, Professeure des universités, Euskal Herriko Unibertsitatea - Universidad del País Vasco, GAIT, rapporteure
Michael HOUSEMAN, Directeur d’études émérite, Ecole Pratique des Hautes Etudes, rapporteur
Boris PÉTRIC, Directeur de recherche au CNRS, Centre Norbert Elias
Emmanuelle LALLEMENT, Professeure des universités, Université Paris 8, ALTER
Raphaël BLANCHIER, Maître de conférences, Université Clermont Auvergne, ACTÉ


Résumé :

Parmi les tournées de maisons carnavalesques de la province du Labourd au Pays Basque, les Kaskarot, celle de la ville d'Ustaritz est reconnue comme une tradition emblématique. Transmise de génération en génération, aujourd’hui par l’intermédiaire de l’association Errobiko Kaskarotak, sa réputation patrimoniale s'est progressivement établie sur les descriptions, certaines ethnographiques, dont elle a fait l'objet depuis les années 1920, attestant de sa continuité historique et de la préservation des costumes. Dans les années 1970, elle sert de modèle aux autres villages qui souhaitent faire revivre la pratique, mais de façon mixte. Sa singularité se définit alors dans la répartition genrée des rôles. Les garçons peuvent être kaskarot et quêteurs dans l'espace public. Les filles, danseuses du groupe également, endossent quant à elles des rôles logistiques qui sont invisibilisés lors des Kaskarot. Une répartition discriminante qui est contestée au sein même de la communauté.
Dès les années 1990, des revendications et des résistances émergent en faveur du droit des filles à danser dans le cortège ; les danseuses cessent de cuisiner pour les danseurs et des maisons "ferment", refusant d'accueillir le cortège. À partir des années 2010, le processus de patrimonialisation engagé renforce l'invisibilisation des filles et constitue un argument rhétorique supplémentaire à leur exclusion au sein du dernier cortège non mixte labourdin. Cet usage local de la Convention pour la sauvegarde du patrimoine culturel immatériel de 2003 est à contre-courant de ses exigences de respect des droits humains fondamentaux et révèle la manière dont les inégalités de genre structurent cette pratique autant que celle-ci les reproduit. Les contestations aboutissent en 2022 à la décision de rendre les Kaskarot d'Ustaritz mixtes.
C’est précisément lors de ce temps de bascule que cette recherche est initiée. À partir d'une ethnographie impliquée mêlant participation observante, anthropologie visuelle, cartographies et entretiens, la thèse décrit et analyse les modalités d'existence et de mobilisation des droits culturels à travers le processus de création entamé pour inclure les danseuses. Les discussions pour créer un nouveau costume, une nouvelle danse et sa musique, un chant et de nouveaux parcours révèlent la manière dont la création devient un outil politique pour retravailler les critères d'authenticité et aboutir à un compromis intergénérationnel. Il ne s’agit plus de faire des garçons par le maintien de l’entre-soi masculin, mais une jeunesse basque moins polarisée par des rôles distincts de genre, inscrite dans un contexte d'urbanisation et de diglossie qui redéfinit le rapport des jeunes à leur propre culture.
Cette expérience incarnée des droits culturels montre que participer à une pratique culturelle n'implique pas de pouvoir en décider. C’est dans l’écart qui existe entre la participation et la décision qu’il est possible d’observer les rapports de pouvoir qui conditionnent la participation à la vie culturelle.

Contact : Alaia CACHENAUT
 

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 © Alaia Cachenaut