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Soutenance de thèse de Rita Aazan
14h00
Olympe de Gouges - salle GS 023
Rita Aazan, Doctorante au LISST-CIEU
L'écheveau inextricable de la gouvernance territoriale du transport urbain de passagers au Liban
Thèse en urbanisme et aménagement
Jury :
Corinne Siino, Professeure des universités, Université Toulouse - Jean Jaurès, directrice de thèse
Laurent Chapelon, Professeur des universités, Université Paul Valéry, rapporteur
Sophie Masson, Professeure des universités, Université de Perpignan Via Domitia, Rapporteure
Said Belguidoum, Maître de conférences, Aix-Marseille Université
Nada Mallah Boustani, Professeure des universités, Université Saint Joseph
Guillaume Carrouet, Maître de conférences, Université Paul Valéry
Résumé :
Nous analysons la gouvernance, les dynamiques territoriales et les perspectives de transition durable du transport routier de passagers au Liban entre 1990 et 2024. Cette recherche s’inscrit dans un contexte marqué par des crises politiques, économiques et institutionnelles qui ont fragmenté le secteur, renforcé l’informalité et accentué la dépendance aux voitures particulières. L’objectif est de comprendre comment l’interaction multi-niveaux entre acteurs, la pluralité des mandats institutionnels et les logiques territoriales influencent la stagnation ou la transformation du système, ainsi que d’identifier des leviers concrets pour sa réorganisation. Notre approche interdisciplinaire mobilise les politiques publiques, l’urbanisme et la sociologie de la mobilité, articulée autour de deux échelles d’analyse : nationale (cadre juridique, gouvernance, financement) et régionale (Beyrouth–Bekaa). Le cadre théorique repose sur trois perspectives complémentaires : l’accessibilité intégrée (Geurs & Van Wee ; Banister), la motilité (Kaufmann, Flamm, Lucas) et la gouvernance à multiples niveaux (Bulkeley & Betsill ; Marsden). Ensemble, elles permettent de dépasser une lecture infrastructurelle pour appréhender la mobilité comme un système de coordination entre acteurs, normes et usages. Méthodologiquement, nous adoptons une triangulation : analyse documentaire et législative (1990-2024) portant sur 3 500 articles de presse, rapports et textes juridiques ; 61 entretiens avec acteurs publics, chauffeurs, syndicats, ONG et experts ; enquête quantitative auprès de 1 205 personnes dans le Grand Beyrouth, Zahle et Baalbek-Hermel ; observation cartographique des itinéraires et pôles de transport ; analyse de l'alignement avec les objectifs de développement durable pour évaluer la cohérence des politiques avec les priorités environnementales et sociales. Nos résultats montrent que les lacunes du secteur relèvent moins d’un déficit d’infrastructures que d’une crise de gouvernance. Le chevauchement des mandats, l’instabilité du financement, la faible coordination interministérielle et l’application limitée des normes entravent la mise en œuvre des stratégies. Face à cette stagnation, les acteurs locaux développent des formes informelles d’organisation efficaces à court terme mais non coordonnées nationalement, contribuant à la reproduction des inégalités territoriales. La recherche propose une feuille de route opérationnelle fondée sur cinq leviers : (1) clarification des rôles institutionnels et création d’un organisme national de coordination relié à des centres régionaux ; (2) développement de transports publics réglementés et accessibles intégrant progressivement les opérateurs informels ; (3) transition énergétique et numérique (incitations aux taxis à plaque rouge, infrastructures solaires locales, billetterie électronique) ; (4) renforcement de la gouvernance municipale coopérative, notamment via des coopératives de chauffeurs ; (5) mise en place d’indicateurs transparents pour la qualité du service et le suivi des fonds publics. Nous concluons qu’une transformation durable du secteur est possible grâce à une transition hybride, coopérative et territorialisée, fondée sur des micro-améliorations visibles et cumulatives (arrêts identifiés, horaires fiables, propreté, éclairage, traçabilité, communication). Dans un pays en crise, cette recherche propose un cadre analytique pour d’autres contextes du Sud confrontés à l’informalité, à l’incertitude et à la fragmentation, et envisage la mobilité comme vecteur de reconstruction collective fondé sur la confiance, la coordination et la territorialisation de l’action.
Contact : Rita AAZAN
Crédits photos :
Le principe de structure urbaine entre Grand Beyrouth et Zahlé et Baalbek-Hermel © Rita Aazan (2024)