-
Partager cette page
Soutenance de thèse de Théo Lebouc
14h00
Olympe de Gouges - salle G114
Théo Lebouc, Doctorant au LISST-CAS
"Voir le bateau". Ethnographie des savoirs projectifs de la charpente de marine
Thèse en anthropologie sociale et historique
Jury :
Nicolas Adell, Professeur des universités, Université Toulouse - Jean Jaurès, co-directeur
Olivier Gosselain, Professeur des universités, Université libre de Bruxelles, rapporteur
Frédéric Joulian, Maître de conférences, EHESS
Damien Kunik, Conservateur du patrimoine, Musée d'ethnographie de Genève
Laurent Legrain, Maître de conférences, Université Toulouse - Jean Jaurès, co-directeur
Anne Monjaret, Directrice de recherche CNRS, rapporteure
Céline Rosselin-Bareille, Professeure des universités, Université de Picardie Jules Vernes Amiens
Résumé :
Cette thèse par articles est une ethnographie des savoirs projectifs de la charpente de marine. Elle propose une description et une analyse des savoirs de visualisation, de réflexion et d’anticipation qui jouent un rôle central non seulement dans les pratiques des charpentiers de marine mais aussi dans l’apprentissage du métier et dans les vies de ces artisans. Ce qui est au cœur des cinq études réunies ici, ce sont moins les techniques de charpente de marine ou les opérations au cours desquelles les artisans et les apprenti·es réalisent et assemblent les pièces de bateaux que les savoirs qui accompagnent la mise en formes des embarcations et qui se déploient à la fois dans l’atelier et au-delà, sur les grèves, en mer et jusqu’au domicile des charpentiers. Ce travail s’appuie sur des données recueillies lors d’une enquête ethnographique menée entre 2018 et 2023 auprès de charpentiers de marine et d’apprenti·es dans une dizaine de chantiers navals professionnels, patrimoniaux ou pédagogiques situés en Bretagne, en Normandie et dans le Languedoc. Quatre des cinq écrits articulent des propos et des observations issus de plusieurs des lieux enquêtés. Ils décrivent des attentions communes malgré une diversité de contextes ou de pratiques. L’analyse des écarts entre les déclarations, les pratiques et les situations permet de faire émerger l’hétérogénéité des savoirs étudiés et des conceptions qui leurs sont associées. Une première étude présente les « manières de voir » mobilisées et apprises par les charpentiers de marine. Différents pans de la pratique sont tour à tour exposés tout comme les effets structurants sur l’apprentissage et les relations professionnelles qu’ont certains de ces usages de l’œil et notamment celui que les acteurs nomment « vision dans l’espace ». Les deux écrits suivants donnent à voir le rôle des savoirs projectifs dans deux registres distincts. Celui, d’une part, qu’ils prennent dans une pratique ordinaire de sélection du bois lors de laquelle le charpentier de marine se met en quête du plateau de bois tors dans lequel il pourra tailler la pièce qu’il projette de réaliser. Et, d’autre part, celui qu’ils jouent dans le processus complexe et multiforme par lequel les charpentiers constructeurs, désireux de concevoir des embarcations ayant de bonnes qualités nautiques, arrivent à lier les formes du bateau et son comportement en mer. En contre-point car centré sur l’étude d’un seul lieu, le quatrième papier propose d’examiner le dispositif pédagogique déployé au sein d’un chantier-école formant à la charpente de marine. Il montre notamment comment le privilège accordé par les formateurs à la transmission de savoirs réflexifs contribue à informer l’apprentissage du métier et le devenir des apprenti·es. Enfin, le dernier texte composant ce corpus est un inédit. À partir de récits de charpentiers rapportant les pensées et activités nocturnes liées à leur pratique, il examine les savoirs projectifs comme vecteurs de ce qui (pré)occupent ces artisans. En donnant à voir et à entendre des artisans et des apprenti·es exerçant dans différents contextes, cette recherche contribue à documenter un métier qui n’a fait l’objet que de rares travaux au cours des dernières décennies alors même qu’il connaissait de profondes mutations. Elle décrit ainsi une partie de l’hétérogénéité des activités qui caractérisent les pratiques contemporaines de la charpente de marine. La focalisation sur les savoirs projectifs des charpentiers de marine entend concourir à l’étude empirique d’attentions et de réflexions qui, bien que régulièrement identifiées, ne sont que très peu thématisées par l’anthropologie des savoir-faire artisans.
Contact : Théo LEBOUC