Soutenance de thèse de Claire Mombert

Publié le 22 octobre 2025 Mis à jour le 13 novembre 2025
le 14 novembre 2025 Toulouse - Campus du Mirail
soutenance_claire_mombert
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9h00
Maison de la recherche - salle D29


Claire Mombert, Doctorante au LISST-CERS


Le travail des patients à l'aune du virage ambulatoire de la chirurgie lourde :
nouvelles frontières du travail professionnel, nouvelles astreintes du travail profane.


Thèse de sociologie




Jury :

Marie-Anne Dujarier, Professeure des universités, Université Paris Cité, rapportrice
Caroline Datchary, Professeure des universités, Université Toulouse - Jean Jaurès
Pascal Ughet, Professeur des universités, Université Gustave Eiffel
François Sicot, Professeur des universités, Université Toulouse - Jean Jaurès, directeur
Laurent Visier, Professeur des universités, Université de Montpellier, rapporteur

Résumé :

Cette thèse analyse les transformations du travail de soin induites par la Récupération améliorée après chirurgie (RAAC), dispositif clé du virage ambulatoire de la chirurgie lourde. À travers une comparaison entre une clinique privée lucrative (ProOp) et un établissement privé non lucratif (Delaplace), elle montre comment ce programme, présenté comme une innovation médicale, redéfinit les frontières entre travail professionnel et travail profane, tout en révélant des enjeux politiques et économiques sous-jacents. À ProOp, les améliorations cliniques rendues possibles par le programme RAAC servent avant tout à raccourcir la durée moyenne de séjour, dans une logique de rationalisation gestionnaire. Dès lors, un certain nombre d’activités de soin ne sont plus réalisées pendant le séjour hospitalier mais sont déportées avant et après la chirurgie proprement dite, déléguées aux patients et à leur entourage et externalisées sur le domicile. Le collectif profane est donc mis à contribution, dans une organisation pilotée par des infirmières de coordination dont la mission consiste à le mettre au travail. Cette logique entraîne une segmentation du travail infirmier : certaines soignantes deviennent des gestionnaires de parcours, tandis que d’autres voient leur rôle clinique s’appauvrir à mesure que s’intensifient les flux de patients. À Delaplace, qui assume des missions de service public sous un statut privé à but non lucratif, le programme RAAC est mobilisé en première intention pour ses bénéfices cliniques, ce qui permet de donner une dernière chance à des patients qui souffrent des suites d’une opération « ratée ». L’arrivée massive de ces patients en errance thérapeutique éclaire du même coup la façon dont la standardisation des parcours sur un territoire génère des formes d’exclusion thérapeutique. Cependant, les observations réalisées à Delaplace montrent que la prise en charge de ces patients, très coûteuse financièrement, repose non seulement sur l’engagement de quelques médecins, mais aussi sur un ordre négocié (Strauss et al. 1963) de plus en plus fragile face à la pression des injonctions économiques. Ces deux modèles, sous une apparente complémentarité à l’échelle du système local de prise en charge (Sicot, 2009), masquent cependant des inégalités croissantes. ProOp incarne l’incubation des réformes gestionnaires, en testant des parcours optimisés pour des patients sélectionnés, tandis que Delaplace joue le rôle de filet social pour ceux que le système standardisé exclut. Seuls les patients dotés de ressources (santé, entourage, compétences) peuvent « travailler » pour se soigner. Les autres, souvent les plus vulnérables, dépendent d’un système déjà saturé. La généralisation des formes de délégation et d’externalisation de la contrainte vers la sphère privée, dont la RAAC est une illustration, dénote un désengagement croissant de l’État vis-à-vis d’une prise en charge universelle.

Contact : Claire MOMBERT