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Hommage à Alain Tarrius
Publié le 22 juin 2026 – Mis à jour le 23 juin 2026
Le collectif du LISST a appris avec beaucoup de tristesse le décès d'Alain TARRIUS.
L’équipe de direction du LISST adresse, avec respect et émotion, ses plus sincères condoléances à ses proches et ses collègues.
Professeur de sociologie à l'université Toulouse - Jean Jaurès de 1993 à 2006,
membre du LISST,
Alain Tarrius dirigea le département de Sociologie-Anthropologie de 2000 à 2003.
Des membres du LISST témoignent
Dans le domaine de la sociologie et de l’anthropologie des migrations, Alain Tarrius occupe et occupera longtemps encore une place décisive. Placée sous le signe de la mobilité et du mouvement, comme l’annonçait son ouvrage Anthropologie du mouvement, son œuvre témoigne d’une curiosité et d’une agilité intellectuelles inlassables. Il était un spécialiste de la mobilité, lui-même doté d’une capacité exceptionnelle de mobilité sur le terrain.
J’ai eu la chance d’accueillir Alain Tarrius dans l’équipe Diasporas et de partager de nombreuses séances de séminaires et de colloques. Outre ces qualités, j’ai apprécié sa disponibilité, son érudition et la convivialité des échanges qui s’y déployaient. Il avait un grand respect pour la diversité des disciplines, et appréciait notamment l’histoire dont il considérait qu’elle éclairait sur le temps long les migrations humaines et les récurrences des figures de l’altérité. Je crois pouvoir dire que la rencontre avec les médiévistes de notre équipe, qui s’étaient attachés à retracer les flux migratoires à l’échelle méditerranéenne, le ravissait et réciproquement. Grâce à nos échanges, un large champ sémantique s’ouvrait ainsi autour de figures qu’il envisageait sans a priori et sans sectarisme théorique, en reconnaissant leur pertinence pour la recherche : l’étranger, la diaspora, le lointain, le transnational, le cosmopolite, le proche, le même, l’autre…
Alain était arrivé dans notre collectif suivi de ses nombreux doctorants qui, par leur présence quotidienne, contribuèrent à créer une véritable ambiance de labo, dynamique, productive et conviviale. Cette pratique collective contrastait avec les habitudes plus individuelles des historiens. Toutefois la rencontre de ces deux univers fut féconde et visible dans les projets de recherche et les publications.
Ces moments restent inoubliables. La présence d’Alain était toujours attendue avec impatience. Ses absences imprévisibles étaient devenues légendaires mais n’entamaient jamais la confiance que nous placions dans la solidité de ses contributions scientifiques et leur valeur incommensurable.
Chantal Bordes, Directrice de recherche émérite au CNRS, Toulouse
Alain, doux compagnon d’étape : petit témoignage périphérique
Fortuite intersection. Au cours des années 1990, j’ai assisté avec enthousiasme à plusieurs séminaires toulousains auxquels participait Alain Tarrius. Je fus d’emblée impressionné par sa langue inimitable, sa profondeur tourmentée, ses perspectives renversantes, son refus des facilités convenues, sa passion des angles morts et des périphéries où des constellations invisibles peuvent se nouer et dénouer, et surtout son sens aigu du pouvoir de la distance – distance vécue, aménagée, parcourue, reparcourue, imaginée – dans la fabrique des rapports sociaux les plus discrets et éphémères. Sa passion des « paysages kaléidoscopiques », expression qu’il avait reprise de Merleau-Ponty, rendait inclassable son regard nourri de sa trajectoire de vie, de philosophie et de littérature, loin des narratifs lisses, autorisés et autoritaires. Loin des cadres et cadrages disciplinaires, nationaux ; résolument multi-scalaire et multi-situé.
Mais ce n’est seulement qu’à partir de juin 2001, une fois la route stambouliote prise obstinément, que j’ai commencé à fréquenter et surtout à échanger avec Alain Tarrius. Il a d’abord été un des généreux piliers d’une mémorable école doctorale « Mobilités et migrations inter-régionales et internationales dans les grandes métropoles » organisée par l’IFEA (Institut Français d’Etudes Anatoliennes), à Kilyos, modeste station balnéaire de la périphérie pontique de la mégapole stambouliote. Le soir venu, dans ce tout petit port comme il les aimait, il rêvait à Varna à l’ouest, à Odessa au nord et à déjà à Trabzon, très loin à l’est. Puis il est revenu à Istanbul à plusieurs reprises, pour une nouvelle école doctorale et pour des séminaires à l’Institut Français d’Etudes Anatoliennes (dont le séminaire du 19 juin 2004 qui lui était entièrement consacré).
En parallèle il était aussi toujours à la recherche des circulants entre le Golfe persique, l’Iran, l’Afghanistan, la mer Noire et les Balkans. Il devint ainsi un compagnon de bout de route et d’étape (une parmi tant d’autres étapes qui m’échappaient), extrêmement attentif et exigeant, avec son regard si doux et si perçant à la fois, à l’écoute, à l’affût des indices les plus frêles parfois, en mobile empathie. Nos rencontres avec les Afghans des marchés de travailleurs de Yenikapı (plate-forme au cœur de la plate-forme stambouliote) restent inoubliables. Son invitation à participer au livre collectif Naissance d’un peuple européen nomade (Trabucaire, 2020) ne fut que la poursuite de ces petits fragments de route en commun.
Enfin en 2025, pour la publication d’un entretien (un de ses derniers textes ?) consacré à Trabzon/Trébizonde dans le cadre d’un dossier de Métropolitiques ( « À l’ombre d’Istanbul : les transformations territoriales de la « province » turque »), il nous avait gentiment donné son blanc-seing (https://metropolitiques.eu/La-centralite-discrete-de-Trabzon-dans-le-commerce-mondial-entre-pauvres.html ) pour remanier à notre guise son papier. Les tout derniers temps, c’était via Academia.edu qu’il communiquait ardemment, obstinément, tant il tenait à partager et faire entendre sa voix si féconde et singulière.
Jean-François Pérouse, Maître de conférences HDR, Toprağı bol olsun, Toulouse/Istanbul
Alain Tarrius en quelques ouvrages :
1973 : « Théologie et sciences humaines. Rôle des sciences humaines dans les changements (contenu des enseignements et organisation) survenus de 1960 à 1970 dans l’institution de formation des Dominicains de la Province de France », Paris-X Sociologie, thèse de 3e cycle, 308 p.
1989 : « Anthropologie du mouvement », Paradigme, 192 p.
1990 : « Expériences pour une anthropologie du mouvement : d'une sociologie des transports à une anthropologie de la mobilité spatiale », Habilitation à Diriger des Recherches.
1995 : « Arabes de France dans l'économie souterraine mondiale », Paris, Ed. de l'Aube, 220 p. (avec Lamia Missaoui).
1999 : « Naissance d'une mafia catalane : fils de « bonnes familles locales » dans les trafics transfrontaliers d'héroïne entre Espagne et France, Canet, Trabucaire, 86 p. (avec Lamia Missaoui).
1992 : « Les fourmis d'Europe: migrants riches, migrants pauvres et nouvelles villes internationales », Paris, L'Harmattan, 210 p.
2002 : « La mondialisation par le bas : les nouveaux nomades des économies souterraines, Paris, Balland, 169 p.
2010 : « Migrants internationaux et nouveaux réseaux criminels, Editions du Trabucaire, Collection Cosmopolitismes méditerranéennes, 176 p.
2013 : « Transmigrants et Nouveaux Étrangers. Hospitalités croisées entre jeunes des quartiers enclavés et migrants internationaux », PUM, 200 p. (avec Lamia Missaoui, Fatima Qacha ; Preface Ahmed Boubeker)
L’équipe de direction du LISST adresse, avec respect et émotion, ses plus sincères condoléances à ses proches et ses collègues.
Professeur de sociologie à l'université Toulouse - Jean Jaurès de 1993 à 2006,
membre du LISST,
Alain Tarrius dirigea le département de Sociologie-Anthropologie de 2000 à 2003.
Des membres du LISST témoignent
Dans le domaine de la sociologie et de l’anthropologie des migrations, Alain Tarrius occupe et occupera longtemps encore une place décisive. Placée sous le signe de la mobilité et du mouvement, comme l’annonçait son ouvrage Anthropologie du mouvement, son œuvre témoigne d’une curiosité et d’une agilité intellectuelles inlassables. Il était un spécialiste de la mobilité, lui-même doté d’une capacité exceptionnelle de mobilité sur le terrain.
J’ai eu la chance d’accueillir Alain Tarrius dans l’équipe Diasporas et de partager de nombreuses séances de séminaires et de colloques. Outre ces qualités, j’ai apprécié sa disponibilité, son érudition et la convivialité des échanges qui s’y déployaient. Il avait un grand respect pour la diversité des disciplines, et appréciait notamment l’histoire dont il considérait qu’elle éclairait sur le temps long les migrations humaines et les récurrences des figures de l’altérité. Je crois pouvoir dire que la rencontre avec les médiévistes de notre équipe, qui s’étaient attachés à retracer les flux migratoires à l’échelle méditerranéenne, le ravissait et réciproquement. Grâce à nos échanges, un large champ sémantique s’ouvrait ainsi autour de figures qu’il envisageait sans a priori et sans sectarisme théorique, en reconnaissant leur pertinence pour la recherche : l’étranger, la diaspora, le lointain, le transnational, le cosmopolite, le proche, le même, l’autre…
Alain était arrivé dans notre collectif suivi de ses nombreux doctorants qui, par leur présence quotidienne, contribuèrent à créer une véritable ambiance de labo, dynamique, productive et conviviale. Cette pratique collective contrastait avec les habitudes plus individuelles des historiens. Toutefois la rencontre de ces deux univers fut féconde et visible dans les projets de recherche et les publications.
Ces moments restent inoubliables. La présence d’Alain était toujours attendue avec impatience. Ses absences imprévisibles étaient devenues légendaires mais n’entamaient jamais la confiance que nous placions dans la solidité de ses contributions scientifiques et leur valeur incommensurable.
Chantal Bordes, Directrice de recherche émérite au CNRS, Toulouse
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Alain, doux compagnon d’étape : petit témoignage périphérique
Fortuite intersection. Au cours des années 1990, j’ai assisté avec enthousiasme à plusieurs séminaires toulousains auxquels participait Alain Tarrius. Je fus d’emblée impressionné par sa langue inimitable, sa profondeur tourmentée, ses perspectives renversantes, son refus des facilités convenues, sa passion des angles morts et des périphéries où des constellations invisibles peuvent se nouer et dénouer, et surtout son sens aigu du pouvoir de la distance – distance vécue, aménagée, parcourue, reparcourue, imaginée – dans la fabrique des rapports sociaux les plus discrets et éphémères. Sa passion des « paysages kaléidoscopiques », expression qu’il avait reprise de Merleau-Ponty, rendait inclassable son regard nourri de sa trajectoire de vie, de philosophie et de littérature, loin des narratifs lisses, autorisés et autoritaires. Loin des cadres et cadrages disciplinaires, nationaux ; résolument multi-scalaire et multi-situé.
Mais ce n’est seulement qu’à partir de juin 2001, une fois la route stambouliote prise obstinément, que j’ai commencé à fréquenter et surtout à échanger avec Alain Tarrius. Il a d’abord été un des généreux piliers d’une mémorable école doctorale « Mobilités et migrations inter-régionales et internationales dans les grandes métropoles » organisée par l’IFEA (Institut Français d’Etudes Anatoliennes), à Kilyos, modeste station balnéaire de la périphérie pontique de la mégapole stambouliote. Le soir venu, dans ce tout petit port comme il les aimait, il rêvait à Varna à l’ouest, à Odessa au nord et à déjà à Trabzon, très loin à l’est. Puis il est revenu à Istanbul à plusieurs reprises, pour une nouvelle école doctorale et pour des séminaires à l’Institut Français d’Etudes Anatoliennes (dont le séminaire du 19 juin 2004 qui lui était entièrement consacré).
Alain Tarrius semineri
Göç olayına yeni yaklaşımlar için
IFEA/OUI
19 Nisan 2004
Göç olayına yeni yaklaşımlar için
IFEA/OUI
19 Nisan 2004
En parallèle il était aussi toujours à la recherche des circulants entre le Golfe persique, l’Iran, l’Afghanistan, la mer Noire et les Balkans. Il devint ainsi un compagnon de bout de route et d’étape (une parmi tant d’autres étapes qui m’échappaient), extrêmement attentif et exigeant, avec son regard si doux et si perçant à la fois, à l’écoute, à l’affût des indices les plus frêles parfois, en mobile empathie. Nos rencontres avec les Afghans des marchés de travailleurs de Yenikapı (plate-forme au cœur de la plate-forme stambouliote) restent inoubliables. Son invitation à participer au livre collectif Naissance d’un peuple européen nomade (Trabucaire, 2020) ne fut que la poursuite de ces petits fragments de route en commun.
Enfin en 2025, pour la publication d’un entretien (un de ses derniers textes ?) consacré à Trabzon/Trébizonde dans le cadre d’un dossier de Métropolitiques ( « À l’ombre d’Istanbul : les transformations territoriales de la « province » turque »), il nous avait gentiment donné son blanc-seing (https://metropolitiques.eu/La-centralite-discrete-de-Trabzon-dans-le-commerce-mondial-entre-pauvres.html ) pour remanier à notre guise son papier. Les tout derniers temps, c’était via Academia.edu qu’il communiquait ardemment, obstinément, tant il tenait à partager et faire entendre sa voix si féconde et singulière.
Jean-François Pérouse, Maître de conférences HDR, Toprağı bol olsun, Toulouse/Istanbul
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Alain Tarrius en quelques ouvrages :
1973 : « Théologie et sciences humaines. Rôle des sciences humaines dans les changements (contenu des enseignements et organisation) survenus de 1960 à 1970 dans l’institution de formation des Dominicains de la Province de France », Paris-X Sociologie, thèse de 3e cycle, 308 p.
1989 : « Anthropologie du mouvement », Paradigme, 192 p.
1990 : « Expériences pour une anthropologie du mouvement : d'une sociologie des transports à une anthropologie de la mobilité spatiale », Habilitation à Diriger des Recherches.
1995 : « Arabes de France dans l'économie souterraine mondiale », Paris, Ed. de l'Aube, 220 p. (avec Lamia Missaoui).
1999 : « Naissance d'une mafia catalane : fils de « bonnes familles locales » dans les trafics transfrontaliers d'héroïne entre Espagne et France, Canet, Trabucaire, 86 p. (avec Lamia Missaoui).
1992 : « Les fourmis d'Europe: migrants riches, migrants pauvres et nouvelles villes internationales », Paris, L'Harmattan, 210 p.
2002 : « La mondialisation par le bas : les nouveaux nomades des économies souterraines, Paris, Balland, 169 p.
2010 : « Migrants internationaux et nouveaux réseaux criminels, Editions du Trabucaire, Collection Cosmopolitismes méditerranéennes, 176 p.
2013 : « Transmigrants et Nouveaux Étrangers. Hospitalités croisées entre jeunes des quartiers enclavés et migrants internationaux », PUM, 200 p. (avec Lamia Missaoui, Fatima Qacha ; Preface Ahmed Boubeker)