Élise Marcia, lauréate du prix de thèse CTHS

Découvrir les travaux de recherche de la lauréate sur les champs de l’anthropologie du patrimoine et du genre

Publié le 28 novembre 2025 Mis à jour le 28 novembre 2025
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Le 17 novembre 2025, la Fondation des travaux historiques et scientifiques, qui regroupe le Comité des Travaux Historiques et Scientifiques (CTHS) et l’École des Chartes, a décerné cette année son prix de thèse :

à Élise Marcia (co-lauréate) pour sa thèse

« Faire son costume, devenir l’arlésienne. Esthétique patrimoniale et circulation des savoirs en pays d’Arles ».

Les activités de recherche d’Élise Marcia s’inscrivent dans les champs de l’anthropologie du patrimoine et du genre. Elle s’intéresse à la façon dont des collectifs féminins se constituent et se reconnaissent autour d’un objet patrimonial identifié comme leur étant propre, en assurent la valorisation et la transmission. Il s’agit ainsi à la fois d’explorer ce que la mise en patrimoine fait aux représentations du féminin et de la féminité, mais aussi ce que fait cette revendication d’une spécificité féminine à la qualification patrimoniale.

Résumé de la thèse soutenue le 18 décembre 2024 :

Le costume féminin traditionnel du pays d’Arles est porté par de nombreuses femmes en Provence aujourd’hui : elles seraient un millier à le revêtir pour des manifestations culturelles ou cérémonies privées. Cette vêture, datant de la fin du XIX e siècle, a progressivement été érigée en emblème d’une culture régionale présentée comme singulière. Aussi, les femmes qui « s’habillent » aujourd’hui, selon l’expression consacrée, s’inscrivent dans une démarche patrimoniale revendiquée, même si cet habit ne fait l’objet d’aucune reconnaissance officielle. Les Arlésiennes les plus passionnées réalisent leurs costumes elles-mêmes, ce qui demande un investissement personnel important : il faut mener de nombreuses recherches pour qu’il soit « beau », c’est-à-dire qu’il réussisse le difficile accord entre les critères esthétiques contemporains et la norme dite « historique », tout en proposant une interprétation personnelle de la tradition. Je m’intéresse, dans mon travail de thèse, à la création de ce que je nomme les « beautés patrimoniales », c’est-à-dire ces Arlésiennes qui, à travers des investigations poussées, s’approprient des techniques et savoir-faire tombés en désuétude pour pouvoir réaliser un costume idéal, à la fois traditionnel et remarquable. Ces habits deviennent, une fois portés, le support de nombreux discours, où se mêlent récits personnels et familiaux, appartenance à un territoire, mais aussi histoire des techniques utilisées et de leur réalisation. En prêtant attention à ces différentes échelles d’appartenance, successivement mobilisées par les Arlésiennes pour décrire leurs vêtures qui la composent se révèle un processus de définition et de mise en récit de soi. Le textile devient alors le support d’une poétisation de l’existence ordinaire des Arlésiennes, qui, grâce à son entremise, actualisent ce que signifie selon elles être une femme, et originaire d’un territoire pensé comme singulier. Les perceptions, les gestes, la composition d’une allure et d’une démarche font du costume un vêtement extra-ordinaire, dont la complexification croissante participe à la fabrique d’une intimité culturelle régionale.
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Discipline : Anthropologie sociale et historique

Membres du jury : Jérôme Courduriès (directeur) ; Véronique Moulinié, Sylvie Steinberg (rapporteures) ; Ellen Hertz, Sylvie Sagnes, Nicolas Adell

Contact : Élise MARCIA